Samedi 30 mai, je fais des infidélités. A 180 km de la ville rose, il fait beau temps à Béziers. C’est en poussant une grande porte, dans une rue peu passante mais menant aux arènes que nous pénétrons dans la Maison de petit Pierre. Voilà qui annonce un repas gourmet mais champêtre.

J’avoue. Je suis une fan de Top Chef. Pas de la saison 2 avec son lot de rombières et autres mauvais joueurs antipathiques. Mais de la première saison quand les plats étaient aussi appétissants que les candidats bons enfants. Avec moi, M6 n’a pas de soucis à ce faire. L’an dernier, je préférais louper une soirée arrosée plutôt que mon émission de cuisine préférée. Il était même hors de question de me parler de replay. Bref, je ne comptais plus mes candidats fétiches (un belge, un blond, un gringalet) mais avais une inclination toute particulière pour ce chef, venu de Béziers. Une ville que je connais bien, pour y en avoir aussi quelques origines…« Il y a enfin un truc cool dans cette ville » me suis-je empressée de lui dire, samedi midi, alors que toute penaude, je venais de le saluer.

PetitPierreLa maison de Petit Pierre, voilà comment Pierre Augé, finaliste déçu de la première saison à rebaptisé son restaurant. Dans la cité biterroise, les “Augé” avait déjà leur renommé. Le grand père était un excellent boucher et le père, un traiteur réputé. Mais dans la famille, on met un point d’honneur à l’accueil, la convivialité et la simplicité. La devise se confirme dès notre arrivée. C’est dans une cour fleurie et colorée que les clients peu guindés sont attablés. Au soleil, nous prenons place autour d’une table brute, sans nappe ni fioriture. Je choisit mon fauteuil, face aux cuisines ouvertes, afin de mieux observer le travail de la brigade. Tout semble calme. Je cherche ardemment celui qui sera au centre de toutes les attentions.

La carte n’est pas simple. Premier bémol de ce repas. Avec les explications de la serveuse, c’est pire encore. Bref, la plupart du temps il n’y a pas le choix. Des menus à 23 imposés (nous le découvrirons au fil du déjeuner) et des menus à 38 « je fais ce qui me plait », voilà sur quoi s’arrête notre choix. Evidemment, je teste le second. Il suffit de dire ce que l’on n’aime pas (la viande dans mon cas) et petit Pierre nous prépare une entrée, un plat et un dessert à son idée. Miam. Même si le service n’est pas toujours souriant, voici que l’entrée me console. Une tuerie, comme on dit. Deux escalopes de foie gras poêlées et caramélisées déposées sur une sauce à la pistache, un peu de fromage fondu, des pois chiches et des petits pois. Premier round. Victoire par chao des papilles. La suite est bonne mais sans surprise. De la muge, des asperges et une sauce aux fruits de la passion. Un flan et un coulis de fuit, croquant d’orange et boule de vanille.

Les saveurs croisent les odeurs dans ce lieu qui a le gout d’été. En fin de repas, le chef vient distribuer les clins d’œil et saluer les gourmands. Je le félicite pour cette entrée exquise et pose la question qui, depuis un an me brule les lèvres : « Dis, Pierre, qu’est ce que cela fait de se faire sous-titrer à la télé ? » Il me répond gentiment « Je sais bien que je parle vite. Et puis, quand ils viennent te parler et que toi, dans le speed, tu prépares ton plat, tu n’as qu’une envie c’est de leur dire : laisse moi tranquille, je fais mon boulot, là ! » En une phrase, un sourire et un foie gras, le jeune homme obtient mon adhésion. En bonne midinette, j’immortalise en quelques clichés cette rencontre au sommet. Le départ ce fait tardif, non sans un dernier saut vers les toilettes, qui sont, ne négligeons aucun détails, aussi surprenantes que ses plats.

> http://www.lamaisondepetitpierre.fr/