Samedi matin. Je me lève tôt pour appeler Pachinee et me dégoter une petite place pour y déjeuner. Je compose le numéro de ce petit restaurant thaïlandais, et une voix fluette me répond poliment qu’il me fallait réserver bien avant. Devant mon insistance, elle m’autorise tout de même assistance. De 12h15 à 13h00 pile : une table sera libre. Chanceuse et privilégiée, il ne me faudra finalement pas tarder pour déguster les promesses qui m’ont été faites par le bouche-à-oreille.

Je suis bien en avance quand j’arrive devant la rue Denfert-Rochereau où se trouve le petit restaurant Thaï dans lequel j’ai maintenant ma précieuse place. Sur le boulevard Lascrosse, une manifestation bouleverse un peu le calme. Je m’y attarde, regardant le défilé du trottoir et me demandant quelles sont donc les raisons de leur revendication. C’est alors qu’un jeune homme engagé surgit de la déambulation. Me prenant par le bras, il m’emmène avec lui dans son combat. Je fais quelques centaine de mètres en sa compagnie, retrouvant quelque peu mon esprit militant puis me défile lâchement pour aller satisfaire un petit creux bien insidieux. Je me suis dis que ce samedi serait aventureux ou ne serait pas. Je me dirige donc vers Pachinee avec une envie de découverte et un sourire affiché.

Pachinee1La jolie devanture du lieu est déjà une invitation au voyage. Elle s’immisce comme une goutte de finesse dans une rue plutôt brute. A l’intérieur, l’esprit est le même : on se croirait déjà dans une cahute d’une ville de bord de mer en Thaïlande. Au mur, des planches bleues pastel et boisées voisinent le lambris blanc et le mobilier de bistrot. Derrière son comptoir, Pachinee cuisine déjà aux yeux de tous, préparant ses commandes et faisant mijoter ses petits plats de tradition. On espère sa cuisine à l’image de sa décoration : toute en finesse et réalisée avec beaucoup de goût.

Pachinee, petit bout de femme originaire de Bangkok a donc ouvert ce lieu il y a presque un an. D’abord dédié à la cuisine de rue thaïlandaise à emporter, elle a tout de même installé huit places afin que les visiteurs puissent s’asseoir et déguster ses spécialités à l’intérieur de son restaurant. Elle prépare un menu pour chaque semaine, et quotidiennement, un plat différent. Et elle en réalise pour environ 17 ou 19 portions. Le reste du temps, elle est traiteur pour de petits évènements. Ce qui rend les horaires et les jours d’ouverture aléatoires. Il vaut donc mieux la suivre au fil des réseaux sociaux ou l’appeler pour s’informer de son actualité.

Pachinee2Mais aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies. Je jette donc un œil à la carte et au tableau du jour pour me donner l’eau à la bouche et choisir les plats qui vont, avec une grande délicatesse, rassasier mon estomac. A 6,50€, j’opte donc, en entrée, pour des rouleaux « jardin des plantes » au maquereau, vermicelles, légumes, herbe et cacahuète. Une belle dose de fraicheur pour débuter. La suite est un traditionnel Pad Thaï : des nouilles de riz sautées aux crevettes avec légumes, tofu, œuf, cacahuète et citron vert à 9,50€. Le jeu de texture est intéressant et les produits, résolument frais. Mais surtout, le dessert, à 4€ s’avère très raffiné. Alors que l’Asie n’est pourtant pas réputée pour ses douceurs, le flan coco vapeur à la feuille de pandan servi chaud dans deux petits bols refermés sur eux mêmes est un délice de subtilité.Pachinee3

La formule avec menu complet revient finalement à 14€. Et on emporte ce qu’il reste si on n’a pas pu finir son assiette. Mais l’appétit et les saveurs l’emportent souvent sur la raison et sur le petit sachet à emporter à la maison. Il est 13h15, le restaurant est rempli, le défilé des aficionados de street food thaï ne s’arrête pas et nos remplaçants sont déjà là. Je quitte donc les lieux le ventre plein mais léger. Le cœur un peu moins d’avoir succombé au péché de gourmandise au détriment tout de même d’un acte spontané et militant. Ce n’était pourtant pas le moment.

> Pachinee : 23 rue Denfert-Rochereau, 31000 Toulouse. Tel. 07 81 41 97 79