J’attendais l’été pour vous parler un peu des restaurants toulousains que j’ai fréquenté au cours de l’année et que malheureusement, je n’ai pas toujours eu le temps de vous faire partager. Bizarre, vous me direz, j’aime autant manger que bonimenter, autant cultiver l’art de la fourchette que celui de la baguette. Et en voilà un d’ailleurs, que j’ai testé dès son ouverture et que je n’ai pu, faute de temps, de volonté ou d’enthousiasme, raconter de but en blanc.

Alors voilà, il n’y a pas si longtemps, je suis allée diner chez le chef Christian Constant. Même si le Bibent, nouvelle place en vogue pour les petits-polos-sur-épaules-et-chemises-roses-toulousains offre une déco rococo qui ne me dit rien, je présume que, quand même, celui qui s’est permis de juger MON Pierre Augé dans une émission télévisée valait bien un petit effort de compte en banque.

Bon, j’avais bien lu dans un journal qu’il existait une formule à 25 euros et je m’étais empressée de le dire à mes collègues. Pourquoi pas, avaient-elles répondu, c’est une bonne idée, nous devrions y aller. Nous sommes donc en ce mercredi soir, attablées en terrasse du Bibent, en tenues plutôt décontractées, un verre de vin blanc à la main. Ici, pas de réservation, nous prenons donc l’apéro pour combler une attente de trente minutes environ. Ah, oui, première chose : quand vous êtes l’instigatrice d’une soirée au resto, il faut bien s’assurer des prix en amont, histoire ne pas voir la note grimper trop haut…Parce que le menu à 25 euros, c’est le midi, pas le soir et ça, c’est ballot…

BIBENT2Nous venions juste de finir nos verres, que nous sirotions depuis trente minutes avec grande précaution, quand un petit être aux cheveux gris, au chaussures vernis et à l’allure légèrement démodée fait signe à notre serveur de reprendre commande. Monsieur Constant à raison, pas question de risquer notre déshydratation ou de laisser une table sans consommation. Nous déclinons tout de même l’invitation, moins pour avoir conscience des 8 euros engloutis pour trois gorgés de vin, que pour les quarante minutes qui se sont écoulées sans que personne ne vienne nous chercher…

Ce petit malentendu passé, nous nous retrouvons installées prés du bar, dans l’antre du chef aux multiples étoiles, qui ce soir, visiblement, n’occupe pas le fourneau mais veille en salle, à ce que tout se passe bien. La carte arrive, et rappelle effectivement les plats que l’on trouve dans une brasserie traditionnelle avec une petite touche régionale appréciable. Nous choisissons la formule plat-dessert que nous assaisonnons d’une petite bouteille de vin. Pour petite coquetterie, j’ai commandé « l’alouette sans tête farcie au foie gras ». Sans être une révélation, c’est un régal. Un petit plat bien mitonné. La volaille est rosée, le foie gras fondant, la petite purée de céleri très agréable et je me délecte d’une simple feuille de choux posée dans mon assiette. Mes amies se régalent d’une cassolette de poulet.

Puis viens le dessert. Nos papilles sont en alerte. Mais pour moi qui aime l’aventure dans l’assiette, la carte ne tiens pas toutes ses promesses. Qui dit brasserie, dit dessert simples, bons, mais sans péripéties. Nous commandons une gaufre à l’unisson, parfum caramel et beurre salé pour moi. Peut-être y retrouverai-je mes saveurs d’enfant ? Mais une gaufre, c’est quand même décevant…

Ce qui l’est moins, par contre, c’est l’ambiance en salle. Complètement électrique en ce soir de semaine. Ok, vous me direz que ce n’est que le commencement, qu’ils doivent se mettre en place, trouver leur organisation… N’empêche, on a frôlé la crise de nerf, ce soir, quand un verre de Banyuls s’est retrouvé sur le comptoir, sans client fixe, semant la zizanie dans toute l’équipe… Et laissant les clients, témoins de la situation ! Bref, il y avait de l’animation… Et ce jusque dans la note, posée avec empressement au milieu de notre table. Il n’a pas fallu trente secondes à notre serveuse pour se pointer dans la foulée, dégainant la machine à carte bleue sous nos regards ébahis qui implorant par la suite quelques minutes de répit pour finir cette soirée en douceur et nous remettre de nos émotions. Mais que nenni, trois minutes écoulées, la voyant revenir à la charge, nous capitulons, offrant notre carte bleue, attrapant nos sacs à main et partant les bras ballant. Ils auraient voulu nous mettre dehors, ils ne s’en seraient pas pris autrement…

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