Ils étaient bien, sur la scène du théâtre, clope et plus au bec, alanguis sur de moelleux flamands roses, manettes de jeux vidéo en main. Ils étaient bien, en train de se rafraichir le gosier d’une petite Heineken. De se filmer en direct sur un écran géant. Et nous, dans le public, on attendait qu’ils nous l’annoncent, le programme de la saison, l’équipe du théâtre du Grand Rond… D’autant plus que cette année, le lieu fête ses 15 printemps… L’âge ingrat ? Sur la scène, ce soit là, à les voir ainsi fagotés, ca promettait en partie d’être la cas.

Manu Galure et Simon Chouf sont venus prêter main forte et ambiancer cette soirée de présentation. Nous, on est content de les entendre fredonner mais c’est le programme des 15 ans que nous voulons surtout écouter.

Mais avant, présentation de cinq spectacles parmi la quarantaine programmés jusqu’en juin 2019 par le théâtre. Cinq ? Oui. Tirés au sort par des spectateurs faisant tourniquoter une bouteille, comme quand ont été gamins. Du coup, un peu au pif mais avec du nez quand même, on ira voir la pièce musicale The Rock Machine, de Mike Starnight, celle en langue des signes, Vers la métamorphose, d’ACT’S et les compagnies de cirque du Lido, de la Grainerie, de la PACT.

La suite ? L’équipe se la joue engagée et combative. « Game Of Throne ». « Buffy contre les vampires ».  C’est un « Action ou Vérité » rebelle. Elle est venue nous rappeler l’anormalité des disparités hommes-femmes dans le milieu de la culture, et ce aux postes et aux récompenses clé. Elle est aussi chargée de nous parler de ses finances, et de ces aides publiques qui, depuis le passage en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), et pour tous les lieux de culture toulousains, n’en finissent plus de baisser.

Et cet anniversaire alors ? Ces quinze ans de fête ? Durant cette soirée de présentation, il n’en sera mot. Sur la scène, nous n’aurons que les gestes, les postures, les dégaines : celles de jeunes ados indociles et indolents. De 15 ans ? Nous ne saurons que plus tard, que pour cet événement, le théâtre devenu teenager a décidé de « retourner le quartier » à partir du 22 octobre et pendant 15 jours. Puis tous les ans. Il sollicite différents lieux du coin, rendant hommage à ses habitants qui se sont battus pour que le projet existe et que le Théâtre du Grand Rond ne soit pas un combo horrifiant d’appartement de luxe et de parking.

Alors, cette crise d’adolescence, elle est grave comment ? Elle contamine une partie de la ville. La boulangerie, la pharmacie, la librairie, le bar, le café de quartier, le fromager, la Poste, le coiffeur, l’Espace des diversités et des laïcités… accueilleront tous du 22 octobre au 3 novembre des pastilles culturelles impromptues, des attaques poétiques inattendues. Bref, de la musique, du théâtre, de l’impro, du cirque, de la magie estampillé « Théâtre du Grand Rond » éparpillés aux quatre coins de la place Dupuis… comme une poussée d’acné…et plus loin si affinité. La crise. Et la rechute. « Le Grand Rond retourne le quartier » récidive au mois de mai. Ingrat.

> Théâtre du Grand Rond, 23 rue des Potiers. 31000 Toulouse. Tél. : 05 61 62 14 85. www.grand-rond.org