Ce limogeaud d’origine a su se faire une place sur la planète spectacle du Sud Ouest. Du haut de ses soixante-cinq ans, Michel Goudard, fondateur de l’organisateur de spectacles Euterpe Promotions a passé sa vie à entreprendre dans le monde de l’industrie culturelle et musicale. Il lance aujourd’hui sa quarantième saison de spectacle ; l’occasion de retracer avec lui les précédentes. Rencontre.

« J’ai été à l’école de la chanson française, formé par des artistes comme Brassens, Ferré ou Brel, plus que par l’école traditionnelle », répond Michel Goudard quand on lui demande comment a démarré sa passion pour les spectacles. C’est à Limoges, sa ville natale, que tout a commencé : « des amis avaient besoin de monter un concert de soutien pour sauver leur journal. Je les ai donc aidés ». La suite ? Au printemps 77, alors qu’il tient une petite boutique en ville, il reçoit un appel décisif : « On me demandait d’organiser un concert avec Claude Nougaro et Léo Ferré à Limoges. Quelqu’un de la mairie avait transmis mes coordonnées. Je ne sais toujours pas qui est cette personne, mais cela à tout lancé ! », explique-t-il. Round 1.

Dès lors, les grands moments qui ont vu sa carrière prendre de l’ampleur ont été poussés par la chance, les rencontres et le hasard. Par l’audace et la tenacité aussi. A la fin des années 1970, Michel Goudard part en tournée avec Léo Ferré. « 10 à 15 jours sur les routes. J’arrivais dans une nouvelle ville. Je collais les affiches, m’occupais de la billetterie et de la promotion presse. Un jour, en tournée à Evreux, je suis allé jusqu’à Rouen voir en concert un artiste que je suivais de près. C’était Bernard Lavilliers. Ce soir là après le concert, je lui ai demandé de venir jouer à Limoges. Il m’a présenté son manager, Jean Claude Camus. Un type qui venait d’aussi loin pour décrocher un spectacle… il a dit oui. Et notre association ne s’est jamais arrêtée depuis. » Round 2.

Dans les années quatre-vingt, Michel Goudard étend son empreinte dans le Sud-Ouest. En 1981, il crée Euterpe Promotions. Il s’installe à Bordeaux. Il fonde la billetterie Box Office en 1989 à Limoges puis à Bordeaux, et en 1995 à Toulouse. La boutique est aujourd’hui située rue du Taur. « Que ce soit en promotion ou en billetterie, nous travaillons depuis longtemps avec des salles comme le Zénith, le Théâtre des Mazades, Odyssud et aujourd’hui le Casino et le Bascala » confie-t-il sur son activité autour et dans la Ville rose. De 40 concerts par an au tout début d’Euterpe promotions, il en organise presque 300 cette saison. Avec cette inclination véritable pour le spectacle tout public. Round 3.

Pour 2016 et 2017, il mise donc sur le Casino et le Zénith. Sauf pour Amir, qui jouera le 7 décembre au Métronum et Slimane, prévu le 19 janvier au Bikini, ses deux « nouveautés » du moment. Dans son carnet de commande, le retour des spectacles familiaux avec Kids United, Varekai du Cirque du Soleil, la nouvelle bouture de Notre-Dame de Paris, des 10 commandements et un Holiday On Ice dépoussiéré. Côté humour, c’est Stéphane Guillon, Arnaud Tsamère et le Jamel Comedy Club qui tiendront l’affiche. Mais la liste est bien plus longue. Et Michel Goudard n’en est pas peu fier. Plus que simple organisateur, il est aujourd’hui co-producteur de la plupart des spectacles. Round 4.

Produire, cela veut aussi dire prendre des risques. Pourtant, Michel Goudard n’en a pas forcément le goût trop prononcé. « Nous prenons à la fois des risques techniques et financiers. C’est la roulette russe. Le spectacle n’est pas une science exacte. Aujourd’hui plus que jamais, il n’y a pas de curseur. Les ventes de disques ne sont plus un repère et la surmédiatisation d’un artiste peut elle aussi être trompeuse. Personnellement, j’aspirerai à un peu plus de sérénité dans ce métier ! » Round 5.

A soixante-cinq ans, vouloir un peu plus de calme n’a rien de surprenant. Pourtant, Michel Goudard ne compte pas déserter. Certes, il constitue une équipe solide et prévoit de voyager. Va-t-il réduire le rythme ? « 5 heures de sommeil par nuit, 80 000 kilomètres par an, 600 000 spectateurs en une saison ». De quoi donner le tournis. Mais ses activités ne s’arrêtent pas là. Il est aussi directeur du Théâtre Femina à Bordeaux, membre du conseil d’administration du PRODISS, le syndicat national des producteurs, diffuseurs et salles spectacles, qui regroupe plus de 300 entités et entrepreneurs. Il est enfin président de la commission Festivals du Centre National des Variétés. Alors pour la détente, il faudra certainement attendre. Car son leitmotiv est encore et toujours de divertir, d’apporter du bonheur, de voir des salles pleines et d’entreprendre. Victoire par KO.