Cinq ans que j’écume ses concerts, le voyant gratouiller sa guitare et chanter ses chansons. Et pourtant, il a fallu l’été 2015 pour oser la rencontre. Un peu l’été de la dernière chance. Pour que je puisse entrevoir l’artiste, derrière l’homme. Cet homme barbu aux airs poétiques et à l’air nonchalant. Et finalement… Monsieur Simon Chouf, j’aurai bien aimé le rencontrer avant.

Chouf

Crédits Cyrille Choupas

J’aurai bien aimé être son pote de lycée, à Simon. Bien planqué tout au fond de la classe, à se marrer sans trop prendre de cartons.

J’aurai bien fait partie de sa bande. En cours de géo, à la fac du Mirail. Au Lycée Saint Sernin. Au Lycée Raymond Naves. Au collège Jolimont. Ça aurait été bien. Dans un coin de la cour, on aurait commencé la guitare. Et passé nos journées à en jouer. Les week-ends. Les jours de grève. Pour les manifestations. Les jours fériés. « C’était le bon échappatoire pour éviter les devoirs », explique-t-il. Il avait bien raison. Manu Chao. Mano Solo. Brassens. Ecouter. Jouer. Rejouer. Rigoler. Et très vite : chanter. « Je ne sais pas si c’est la guitare qui m’a amené à la chanson ou si c’est la chanson qui m’a amené à creuser l’instrument ». Quand bien même, son histoire avec la musique venait de commencer.

Ensuite, il a eu les premiers groupes. Avec les copains. « Dès qu’on a pu faire trois merdes dans un garage, on les a faites », lâche-t-il. Du punk. Du ska. Puis de la chanson. Les Moites de Peaux écumaient les bars : « C’était l’époque où même si ton groupe de musique de jeunes ne tenait pas un poil la route, tu pouvais jouer partout. C’était marrant. A l’arrach’. Sans prétention. » Les Cotons-Tiges, eux, reprenaient des chansons acoustiques dans la rue. Un trio tout-terrain qui remet parfois le couvert, si on le leur demande gentiment. Chouf a joué et appris avec eux. Des reprises. Puis des compo. « Au bout d’un moment tu vois que tu t’orientes vers un style plus évident. Tu continues. Et quand le groupe s’arrête, tu te dis que tu vas faire les choses à ta manière. »

Alors, j’aurai bien aimé voir ses débuts à ce Monsieur Chouf, quand il s’est dit que tout seul, il ferait des chansons.

Celui qui tout petit voulait fabriquer des avions ou être instit, n’a plus qu’une obsession : ne faire plus que de la musique. « Dans ma tête, il n’y a plus eu d’alternative possible. J’avais un besoin irrémédiable de ne faire que ça. » Alors, Il suit sa propre direction. Et explore les possibilités de ne vivre que de sa passion. «  Tu sautes un peu dans le vide, les yeux bandés et tu vois ce qui se passe après », a-t-il avoué.

Pour croûter, il est serveur à la Gouaille. Il aurait même pu m’apporter un camembert grillé. Il aimait côtoyer cette ambiance chaleureuse et musicale. Il enchainait aussi les concerts associatifs. Les soirées de soutien. Se rodait. Pendant un temps, il a participé aux soirées contes de Philippe Cizaire à Samba Résille : « Musique, théâtre, lecture, on avait 15 minutes chacun pour présenter notre univers et se faire un premier noyau de public ». Puis en 2007, il y a eu les Découvertes de Pause Guitare, suivies des apéros du Théâtre du Pont Neuf et celles du Grand Rond.

En 2008, il fait un premier spectacle au 3T, mis en scène par Gérard Pinter : Au couvent des nonnes Troppo. Dès lors, il obtient son statut d’intermittent qui lui permet de vivre de la musique. Philippe Pagès, alors maitre du Bijou de Toulouse, le prend même sous son aile et le programme pour un spectacle entier : « Il a fait un très bon travail de com. Il m’a soutenu humainement et professionnellement, auprès du réseau local et des programmateurs extérieurs ». C’est là que Chouf fait son entrée à Détour de chant.

J’aurai bien faire un bout du chemin, avec Chouf. Le ramasser après les concerts. Et aller boire des coups.

Je l’aurais vu collectionner les images et en faire des chansons. Je l’aurai vu enchainer les concerts et faire des albums « prétexte à la scène ». Apprenant de ses erreurs mais assumant l’étendu de sa création : « Parce que chaque album fait partie du parcours d’un artiste. C’est une étape, un marqueur de temps. Il n’y en a pas un que j’ai fait comme l’autre. Le premier, je me souviens, était techniquement à la ramasse. J’avais les copains à la batterie, aux cuivres, à la basse. Je suis un autodidacte. Je voulais juste enregistrer mes chansons».

Un autodidacte qui travaille souvent dans l’urgence pour trouver l’inspiration. « J’ai une idée, un chantier, un thème à aborder. Plus ça va, plus je fais des chansons à moi. Je me laisse porter par l’instant d’inspiration. Et à l’approche d’une échéance, je deviens plus productif. » A fond. Il peut même travailler sur plusieurs chansons en même temps. Composer les textes et la musique. En ne négligeant ni l’un ni l’autre. « Parce que c’est l’alchimie des deux qui est importante ».

En 2008, c’était « L’homme à tête de Chouf », puis « Têtes de clou » en 2011, qu’il a perdu en 2013, pour « L’hôtel des fous ». Ces trois albums, il les a joué partout depuis 7 ans, micro sous le bras : « au Bikini, pour la première partie des têtes raides, salle Nougaro, à la Fête de l’Huma, à la Cave Poésie… » Le bassin toulousain le connait donc bien. Il ne manquait que moi.

Mais aujourd’hui je le rencontre finalement, Simon Chouf. Tranquille. Buvant une bière. Confortablement installé sur son Rockincher.

Il a coupé ses drôles de cheveux mais gardé ce personnage sympathique. Cet air canaille dans les yeux. Simple. Nonchalant. Chez lui, sur sa chaise, je vois bien qu’il s’en balance, mais il répond à mes questions. Sur scène, il s’est détendu. Profite même. Sourit. Sans quitter son second degrés. On a l’impression qu’il se la joue facile. Qu’il a l’assurance de sa prestance. Mais en réalité, il se pose encore les questions d’un artiste en quête d’identité. « Je ne serai pas Baschung, ni Brassens. J’ai fait mon deuil de vouloir ressembler à ces gens qui ont déjà été ». Dans son quatrième album, à sortir en mars, il sera Chouf, et puis c’est tout.

De ce nouvel opus, il a déjà révélé quelques chansons. Et pris quelques mesures au niveau de l’écriture : «  J’essaie d’avoir une écriture plus directe, moins abstraite. Je veux que l’on saisisse le sens à la première écoute. Même si je laisse toujours une porte ouverte. Parce que je ne serai jamais celui qui racontera des faits tels qu’ils sont… » Alors, place à l’image, la poésie, les bons et les mauvais cotés de la vie. Son Cimetière des oiseaux, se fait le récit des migrants s’échouant dans les océans. Ses nuits de silence parlent de la maladie des vieux et de l’oubli. Son album est plus sombre, plus triste, plus rock aussi. Il se révèlera certainement d’autres facettes sur scène.

Parce que moi, mon rendez-vous est pris. J’irai l’applaudir au festival Détours de chant. Après être entré au studio Elixir, en octobre. Il lancera le nouvel opus le 5 février au Métronum. De plus en plus, Chouf trouve sa pate, son identité d’artiste, sans quitter les copains. Il a repris en septembre avec les Fils de ta mère et fait encore quelques concerts avec TSF (Toulouse Skanking Foundation). 2016 sera certainement une année 100% Chouf. Pas de repos pour le guerrier.

 > Chouf, en concert le 5 févier au Metronum dans le cadre de Détours de chant.