Le lancement a eu lieu le 14 décembre dans la boutique Gibert Joseph de Toulouse, rue des Lois. Dans un premier temps, j’avoue, je n’avais pas vraiment l’intention d’y aller. La musique populaire des années 80, c’est bien l’une des raisons pour lesquelles je fuis tous les mariages, même ceux des copains. Mais bon, dans cette histoire là, il y avait Pauline…

Pauline Esther… Celle dont je chantais les chansons avec ma copine Marion sur le perron de la maison de ma grand-mère. J’avais 12 ans. Pauline Esther. Celle qui a fait ce magnifique album que j’ai emprunté à Julia quand j’étais au lycée. J’avais 18 ans. Je ne l’ai jamais rendu. Pauline Esther. Celle, enfin, que je suis venue voir ce soir-là ; pour me rendre compte que je connaissais encore par cœur nombre de ses chansons. J’ai 34 ans. Et oui, Pauline, je l’adore.

Alors j’ai dit oui. Pour la soirée. Pour le livre. Et même pour la chronique. Pendant un petit temps de rencontre et un week-end de lecture, j’ai embrassé les années 80, affronté les démons de minuits, étreint le géant de papier, retrouvé le capitaine abandonné. Mais surtout, j’ai parlé à Pauline, pris de jolies photos, côtoyé son éternel sourire et sa gentillesse, et découvert des histoires toulousaines que je ne soupçonnais pas. Tout ça en un soir et dans un livre traitant d’artistes que je trouvais ringards mais qui ne l’étaient pas tant que ça… en tout cas, dans les années 70, 80 et 90.

Sous la plume d’Yves Gabay, les groupes Toulousains en vogue de 1978 à 1992 se racontent. Dans les premiers chapitres, on découvre leurs débuts : leurs véritables inclinations musicales, plutôt rocks, voire même punks ou classiques. Leur petite popularité en tant que groupe de bal. Leurs premiers concerts. Leurs premières reprises. Leurs premiers titres. Pour certains, leurs premiers émois. On se demande au fil des pages comment Jean-Pierre Mader, Goldfinger ou Images en sont arrivés à percer dans la variétoche, vendant des centaines de milliers de disques. A demi-mot, on comprend le compromis. On veut faire danser. Percer pour mieux vivre. On lâche ses premiers amours pour la radio, le Top 50. Sous l’œil bienveillant de Nougaro, les toulousains explosent. Le succès est fulgurant.

Certains sont restés eux-mêmes : Jean-Jacques Lafon, Art Mengo. D’autres ont changé leur micro d’épaule, sans trop de regrets, pour le prix du succès. Ils ont décidé que la variété n’était plus « un gros mot ». Ils se relookent, s’entourent, s’assument. Passent à la télé. Au fil des phrases d’Yves et de ses interviews, on comprend le pourquoi du livre, l’évidente « poussée de fièvre et l’âge d’or » de la scène musicale toulousaine dans les années 80. Si on fredonne encore les chansons de Gold, d’Images, et l’éternelle « Macumba », on connaît moins l’aura des studios de la Ville rose à cette époque. Condorcet, Polygone, ont vu venir enregistrer des artistes renommés, Bruel, Cabrel et même Mick Jagger. Ils ont attisé le coup de projecteur.

Toulouse, les années tubes, nous invite au souvenir. Yves Gabay fait défiler les années en rappelant les principaux faits artistiques et l’actualité. Un petit voyage dans le temps. Ses récits font la part belle à l’origine et l’histoire des grands tubes. Avec ses mots, on a l’impression que Toulouse en est devenue la fabrique. Que c’est facile. En même temps que l’on fait tourner les pages, on pianote sur Youtube. On se rappelle de vieux succès. On mate de vieux clips. Kazero, Pacifique… des trucs dont on ne savait même pas qu’ils étaient de chez nous…

C’est p

arfois un peu long. Mais moi, j’attends avec impatience les chapitres qui parlent de Pauline, de son vrai prénom Sabrina, de sa folie douce, de ses débuts, de ses amours difficiles et de sa jolie ascension. De la redescente, aussi. Pour tous. Le soir de la sortie du livre, Pauline nous raconte ses premières scènes, dans les bars toulousains. Je lui dis que j’irai bien la revoir, au Café Concorde, chanter ses anciens titres et même ses nouveaux. Si elle en fait quelques uns.

Non, ce livre ne m’a pas convaincu d’acheter mon billet pour la tournée Star 80. Mais il a quand même réveillé quelque chose. Si je maudirais toujours celui qui mettra ces musiques en soirée ou à un mariage, au moins, je connaitrais leur histoire. J’essaierai de repousser toute tentative de remarques condescendantes. Et avec ces gens, qui aiment cette musique, j’aurai au moins, un sujet de conversation. Le Cassoulet blues.

« Toulouse les années tubes », Yves Gabay, Editions Atlantica, 22,90 €