Vous allez me dire, en ce moment, qu’est ce que je vais au Théâtre. Ou alors, vous ne me demanderez rien du tout. Mais je vous répondrai que oui, en ce moment je vais au Théâtre. Peut-être parce que je vieilli. Vous allez me dire non… (ou pas d’ailleurs). Je vais quand même vous dire si. Je m’en suis rendu compte allongée sur un canapé à l’étage de la Dynamo alors que la troisième partie du concert n’avais pas encore commencé. Tout ça pour vous dire que je suis allée voir une pièce de Théâtre. Et que c’était assis.

C’était assis, mais pas si confortable. « L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu » n’est pas un spectacle où l’on vibre de complaisance. Non Monsieur. Cela, l’auteur et l’acteur n’en ont pas voulu. Le texte de Franck Lepage ne glisse pas avec ravissement sur l’intellect du spectateur, pas même que le jeu volubile de Gilles Guérin ne remporte ses rires accommodants. Les deux protagonistes de la pièce, qui sont respectivement l’écrivain et l’acteur nous invitent à une gymnastique visuelle et intellectuelle qui force la remise en question.

J’ai dit deux protagonistes ? Il y en a un troisième. Ou plutôt une. L’Histoire. Celle qui part de Mlle Christiane Faure, précurseur de l’éducation populaire dans les années 40 qui voit son idéal s’édulcorer au fil du temps. Au profit de la politique Culturelle. Avec un Grand Cul. Celle qui élève, cultive les pauvres, les riches, mais surtout, les mots (pas les oignons, ni les poireaux). Celle qui donne a qui veut bien se poser en miroir de sa demande. Celle qui arrose le subversif si toutefois il ne tombe pas dans le travers de l’engagement.

Bref, vous vous entendrez dire que ce spectacle n’est pas de la culture. Ici, l’homme n’est pas tout riquiqui. Non, ce que vous allez voir, c’est du théâtre. Du Théâtre me dîtes-vous? Peut-être pas. Le denier public n’est pas intervenu dans un quelconque processus de création. Bon, ce n’est pas non plus un conte, bien que l’essai soit éloquent. C’est un colloque peut-être, puisque Monsieur Lepage s’est trouvé être une figure du genre… Jusqu’à la prise de conscience. A l’image d’un Ruquier qui dégaine tous les samedis soir sa tirade sur tous ceux qu’il n’a pas invités, l’acteur Gilles Guérin, qui incarne un Franck Lepage enthousiaste et clairvoyant, prouve par ce petit inventaire l’étendu de son talent. La suite est aussi prometteuse. Mais de la nature de ce spectcale, nous ne saurons rien de plus.

De la nature du langage, par contre, nous apprendrons. Avec les mots de Franck Lepage, Gilles Guérin débite une à une des contre-vérités qui nous forcent à revoir nos modes de pensées. Avec humour, habileté et justesse, il nous plonge dans nos contradictions quotidiennes. Il nous ouvre les yeux sur cette révolution souterraine : celle du langage. Il plante une graine de conscience en espérant qu’elle pousse à bon escient. Tout y passe : la culture, la politique, la démocratie participative, le capitalisme, le parisianisme, la société du projet. Il dénonce la modernité des mots qui encouragent, plus que des tendances, une véritable idéologie dominante. Des mots que l’on retrouve dans tous les discours et qui investissent un débat public devenu stérile et contemplatif.

 
> Une conférence gesticulée de Franck Lepage de la Compagnie Mise œuvre, mise en scène par Alan Boone et Gilles Guérin. Du 3 au 7 avril 2012 au Théâtre du Grand Rond qui fait le choix du politique cette saison.