Il y a un mois, l’association albigeoise fraîchement girondine des Requins Marteaux tirait la sonnette d’alarme. Plus de cash dans les caisses. 60 000 euros de dettes Et un appel à l’aide. Une incitation à la consommation. Pour la bonne cause. La-leur, assurément. Rencontre avec Morgan Charpentier, administrateur du collectif et explications.

20 ans. Les Requins Marteaux sévissent dans le milieu artistique indépendant depuis deux décennies maintenant. Magazine, musée Ferraille, supermarché Ferraille, festival Retine, films, Bande Dessinée : leur champ d’action est large, ouvert et audacieux. De l’union de quelques artistes à la presse installée dans un garage jusqu’à l’édition d’objet de grande qualité, il aura fallu du temps, du mouvement et de la passion pour voir de nombreux projets se concrétiser. Mais, pas dingos, les Requins Marteaux ont toujours su ferrer le poisson de qualité. « Dans les années 90, le nombre de structures qui éditaient de la BD indépendante a explosé. Les principales maisons d’édition ne publiaient que les ouvrages de format traditionnel. Les auteurs, qui ne trouvaient pas de structure s’intéressant à un travail moins conventionnel, ont donc décidé de créer les leurs » explique Morgan Charpentier. C’est comme cela que Les Requins Marteaux se sont jetés à l’eau.

20 ans. Deux décennies plus tard, deux constats s’imposent. D’abord, l’association a su se maintenir à flot alors que depuis, bon nombre de structures indépendantes ont jeté l’éponge… La raison ? « Je pense que le secret de la longévité a été que les gens à l’origine du projet ont su le laisser aux autres, qui ont eux-mêmes apporté leur pierre à l’édifice » explique Morgan. L’association fonctionne à l’envie. C’est aussi grâce à cette volonté de ne pas être un simple éditeur mais de multiplier les actions en faveur de la création. Le deuxième constat est lui plus difficile. Alors qu’au début de l’aventure éditoriale, les librairies offraient une place particulière à la BD indépendante, depuis les années 2000, l’exposition devient de plus en plus difficile. « Les maisons traditionnelles se sont vite emparées du marché et avec leur poids, des rayons que nous avions. » continue Morgan.

20 ans. Et puis voilà. La crise du livre. Le travail de longue haleine avec les libraires. Le manque de moyens de communication. Les retards sur les sorties. Un atelier de sérigraphie. Le festival d’Angoulême. Le déménagement bordelais. Depuis quelques mois, les Requins Marteaux ont retroussé les manches et changer de casquettes. Peut-être aussi, ont-il manqué de concentration. Toujours est-il qu’aujourd’hui, c’est l’heure du bilan et le dépôt qui guette. Et cet appel ? « L’argent est là. Sous forme de livre, d’illustrations, d’objets promotionnels. Nous invitons donc tout le monde à acheter ce que nous proposons. Pour nous aussi, c’est un sacré défi. Nous allons enfin savoir, si notre travail compte. Si nous avons un public, des lecteurs prêts à s’investir pour notre survie. Mais sur ça, je suis confiant. » Un appel au soutien qui aura donc un prix pour chacun. Pour les Requins Marteaux c’est certain, ce sera bien celui de la liberté.

> www.lesrequinsmarteaux.org