Cet automne, le chanteur toulousain Manu Galure partira à pied sur les routes de France. Au programme : une randonnée de deux ans aux nombreuses étapes musicales. Pour annoncer son grand départ, le 22 septembre au Théâtre Sorano, ce saltimbanque des temps modernes nous propose une petite balade.

> D’où l’idée t’est-elle venu de ce tour de France à pied et en chansons ?

M.G : J’ai toujours aimé la marche. Comme le genre de chansons que je fais ne passe pas vraiment dans les festivals, j’ai utilisé mon temps libre pour faire de longues randonnées. J’ai fait le GR10, qui traverse la chaîne des Pyrénées, le GR5, dans les Alpes et le sentier des douaniers, en Bretagne. Elles ont toutes durées au moins un mois. Puis en 2012, j’ai fait une tournée de deux semaines en huit ou neuf dates autour de Caen. La distance entre les villages était de vingt bornes, j’ai décidé de les relier à pied. C’était une expérience agréable. Durant les cinq années qui ont suivi, j’ai commencé à réfléchir à la réitérer à plus grande échelle. J’en ai parlé autour de moi, notamment à des programmateurs qui ont trouvé l’idée bonne. Il a fallu aussi qu’elle murisse dans ma tête : en termes de logistique, d’organisation, de démarche artistique. Le projet est véritablement né il y a un an et demi.

> Comment t’es-tu organisé ?

M.G : J’ai quitté mes tourneurs et monté une association sur mesure pour le projet, le Cachalot Mécanique. Je me suis aussi entouré d’une attachée de presse, Christelle Canaby, et de Philippe Pagès, pour la diffusion. Il me soutient depuis le début de ma carrière : c’était déjà était le tourneur de mon premier groupe, Les Ptits T’hommes. Je n’étais pas sûr qu’il accepte ma proposition. Mais c’est le genre de personne qui a le réseau et qui peut accepter ce genre de défi débrouillard : s’occuper de la tournée d’un mec à pied sans gros objectifs de rentabilité. Aujourd’hui, il passe un temps fou à bricoler un bric-à-brac d’étapes. C’est l’homme parfait. Côté technique, il fallait aussi trouver quelqu’un tout-terrain, un peu dingue. Une personne qui connait la régie, fait des photos et des films : Fabien Espinasse, photographe de spectacles et régisseur me suivra. Il me rejoindra tous les dix jours environ pour me ravitailler, monter les images, changer mes chaussures, s’occuper du son ou amener un piano…

> Comment t’es-tu préparé à cette tournée ?

M.G : On a fait un ballon d’essai avec une petite tournée dans la région au mois de mai. L’objectif était d’étudier un peu mon rythme, mon endurance, voir ce que j’étais capable de faire comme distance, ce que je pouvais porter… On a fait quelques réajustements et réduit mon équipement au strict nécessaire. Je pars avec très peu de choses : deux T-shirts, une chemise de scène, un pantalon de marche et un short, un pull, un cape de pluie, un ordinateur et un bouquin. Au final, avec un peu d’eau et de nourriture, mon sac fait 7 kilos.

> Quelles sont tes étapes ?

M.G : La première année, je pars de Toulouse le 22 septembre 2017 et j’arrive à Paris le 21 juin 2018. Je couvre l’ouest de la France. Ma tournée se cale sur les saisons : avec des moments particuliers autour de l’équinoxes d’automne, du solstice d’été… On espère pouvoir jouer sur un peu plus de 140 dates. Certaines ne sont pas encore finalisées : nous avons une carte interactive sur le site internet du projet où mon itinéraire et nos étapes sont indiqués. Nous comptons aussi sur la mobilisation du public pour proposer des lieux d’accueil là où nous n’en avons pas. La route est en serpentin. Je marcherai environ 20km par jour. Nous ferons escale dans des salles de spectacles, des cercles de travailleurs, des théâtres à l’italienne, des maisons de quartier, des associations, mais aussi dans un hôpital psychiatrique, chez des particuliers ou en prison. Les concerts auront normalement un prix unique de 10€, même chez les particuliers qui ouvriront publiquement leur porte.

> Comment l’idée de la tournée est-elle accueillie autour de vous ?

M.G : Pour l’instant, pas un programmateur ou même quelqu’un ne nous a dit que c’était une mauvaise idée. L’aventure parle. Le projet fait plutôt rêver. Il y a même des lectures politiques autour de la décroissance de la chanson, la rencontre avec la population. Ces pistes d’interprétation sont intéressantes mais je ne me suis jamais posé ces questions là. J’aime bien marcher et chanter et je voulais faire les deux en même temps. Juste ça.

Pas une seule fois vous n’allez prendre la voiture ?

M.G : L’idée, c’est de ne jamais la prendre, sauf si je me foule une cheville parce que le spectacle continu. Je sais aussi que je vais devoir prendre un bus à Saint-Nazaire pour passer le pont qui mène à Nantes. On ne peut pas le traverser à pied. Je vais me reposer aussi. Je prends aussi quelques jours de vacances tous les deux mois. Et je reprends exactement au même endroit. Je vais aussi m’arrêter l’été. Il y a moins de public et il fait trop chaud pour marcher.

Et lors de tes concerts quel répertoire vas-tu proposer ?

M.G : Le mien ! Je vais d’abord interpréter les chansons d’un nouvel album qui sortira le 22 septembre à 22h01 à l’équinoxe d’autonome. Il y en aura ensuite un tous les neuf mois que je composerai et enregistrerai tout seul sur la route jusqu’au solstice d’hiver du 21 décembre 2019. Ils seront tous disponibles via un lien internet de téléchargement et à prix libre, pour soutenir le projet.

Quels seront les thèmes de tes albums ?

M.G : Le premier, Mon piano sur le dos, a donc été enregistré avant la tournée avec quelques chansons sur le départ. Ma démarche a aussi un lien très évident avec les troubadours que j’étudie beaucoup et qui ont et vont inspirer mes chansons. Ils donnent aussi du sens à cette tournée, du moins dans leur vision fantasmée. Ce sont les premiers poètes en langue vivante qui traversaient l’Europe. Ils étaient occitans. J’ai lu beaucoup de leurs histoires, leurs textes, et j’ai trouvé des pépites. Certes, il y a des thèmes comme l’amour courtois, l’association des saisons, de la nature et de l’amour, usés jusqu’à la corde. Mais au delà des images un peu galvaudées, on peut relire ces textes et y puiser des notions contemporaines, tant sur le fond que sur la forme des poèmes. Il faudra donc écouter les disques ou venir sur la tournée pour s’en rendre compte.

 

Les infos : www.manugalure.com