Samedi. Ciel gris. Fin d’après midi. Nous partons, clopin-clopant écouter des clapotis. Direction la piscine de l’Espace Job pour un instant de musique étonnant : la Compagnie Aquacoustique nous présente son Concert’eau en do Nageur. Eclaboussant.

On se presse à l’entrée de la piscine et ceux qui n’ont pas réservé leur place s’inquiètent de n’être que sur liste d’attente. Il faut dire que la jauge est restreinte et pour la première fois estimée. Il s’agit d’un abord de bassin où une cinquantaine de chaises ont été installées. Mais finalement, on fait place, inondant le sol sans trop s’approcher de l’eau. On entre tous, venus somme toute nombreux, curieux de voir une piscine s’essayer à l’accueil d’une performance artistique.

L’empressement fait alors place au silence. Deux hommes se pointent par le fond du bassin. Combinaison. Masque. Tuba. Ils s’échauffent drôlement et plongent… barbotent ensuite jusqu’à l’auditoire, vite rejoints par un troisième acolyte et quelques notes de musique. On se surprend à découvrir cette belle acoustique, qu’offre le lieu au son de ces instruments insolites. On comprend alors mieux pourquoi Jean Philippe s’est lancé dans la folle aventure de l’ « aquacoustique ».

Jean Philippe Carles, c’est celui du milieu. Celui qui joue du Hang et qui a les cheveux longs… Et mouillés, accessoirement. En 2010, lors d’un festival auquel il participe, il trouve une piscine et s’y amuse à faire flotter son instrument ; joue avec l’eau et ajoute des rythmes. « C’était tellement drôle que finalement, j’ai fini par faire le concert dans la piscine. C’était donc le premier concerto « aquacoustique » : dans l’eau, et en acoustique » confie-t-il. Par la suite, le toulousain d’adoption se décide à partir en exploration. « Je suis parti m’entrainer dans la piscine et en percutant l’eau, je me suis mis à faire des rythmes et à découvrir des sons. »

Très vite, il a voulu étendre les possibilités et a lui même crée les instruments adaptés : tambours d’eau, basse flottante, palme maracas, tubaflutte, saxodouche, saxarrosoir… « Je les ai inventé, j’ai ensuite appris à en jouer et puis je les ai donné à des musiciens qui ont eu envie de se jeter à l’eau avec moi ». Stephane Gratteau et Florent Lalaie ont donc rejoint Jean Philippe pour former un trio qui a aujourd’hui une renommée plus que sérieuse dans le milieu de la musique aquatique. Australie, Chine, États-Unis… Leur fantaisie et leur formation voyage mais eux se veulent aussi bien ancrés dans la région. Ils cherchent donc à multiplier les partenariats originaux avec la ville et à dorloter leur relation avec la piscine de Muret où le trio s’entraine devant un public au départ circonspect mais qui s’est vite laissé envoûter par les curieuses notes de musique.

On comprend alors pourquoi, accroupi autour du bassin de JOB, le public profite autant de ce véritable moment suspendu. Le trio enchaine les compositions musicales non sans une pointe d’humour et une mise en scène affutée. Jazz, musique du monde mais également sonorités plus contemporaines empruntant au Hip Hop et à la musique électro : le trio se joue des instruments et des styles. C’est à la fois surprenant, éclectique et carrément réjouissant. On les imagine avec leurs instruments fous au milieu de la Garonne, d’un lac de Montagne ou du canal du Midi… Et pourquoi pas dans la Méditerranée ou la lagune d’un océan. Et on se dit en tout cas qu’à chaque fois, on assistera à un concert unique, précieux et différent en compagnie de trois gars qui n’ont pas hésité à se jeter à l’eau.

> La Compagnie Aquacoustique. Le 11 octobre : Concert’eau en do majeur dans le cadre d' »un dimanche au bord du lac de la Reynerie » (31) – Gratuit-