L’index posé droit sur la table, quand elle ne tape pas du poing, Gina a des convictions et les exprime avec passions. Et tant pis si elle prend de la place. Tant pis, si elle n’a pas toujours raison. Tant pis, si on est pas toujours d’accord. La dame a assez roulé sa bosse pour être sûre de ses opinions. Et aujourd’hui, après s’être un temps remis à la chanson, c’est son one woman show, quelle présente, du 17 au 28 septembre à 21H00 au Théâtre du Fil à Plomb…

gina1Elle calque sa propre histoire sur les grandes dates de la proche histoire : Le droit à l’avortement, les années Jack Lang, Nicolas Sarkozy, la première cohabitation… De sa vie, elle pourrait en faire un roman. Elle en a écrit un, d’ailleurs, chemin faisant. Mais aujourd’hui, après un bref retour à la chanson, s’est dans son one woman show qu’elle s’adonne à la revendication. Avec un zeste d’humour, d’impertinence. Un petit brin polisson. Mais une audace sereine. Le repos de la guerrière ? Pas tout à fait. Si elle affirme ne plus militer, elle expose avec verve les prochains combats à mener et les prochains tabous à briser.

I’VE SEEN THE PAST… Engagée dans la LCR et au MLF durant les années 70, Gina a surtout fait parti du mouvement alternatif des années 80 amorcé par les Bérruriers. Ces potes : la Mano Negra et les VRP. C’est d’ailleurs elle, la fille du clip de Mala vida. Celle qui court, avec le grand chapeau et les grandes boucles d’oreilles. La grande vie, elle la menait aussi. Celle qui conduit à se brûler les ailes… « C’était un mouvement fort, de revendication politique et sociale et de fêtes parisiennes. Nous étions heureux. Nous ouvrions des squats et nous vivions dedans. Grâce à Jack Lang, il y avait de l’argent pour les salles et les labels indépendants. On avait beau joué les rebelles, si on avait pas eu son fric, nous n’aurions rien pu faire » ajoute-t-elle, maintenant.
En 1991 et 1994, sortent deux albums signés « Gina et l’orchestre ». Le premier s’intitule « Bouton et pression ». Le second est éponyme. Peu auparavant, elle accompagnait le jeune Manu Chao sur « L’escalier », à l’écriture, et au chant. En 1994, la Mano Negra implose, la cohabitation arrive, avec elle, Tibery, la répression, la fermeture des squats et la fin du mouvement. Petit Manu Chao devient grand. Gina fait valser sa carrière violemment.
Elle atterrit en banlieue, poussée par un Paris qui s’embourgeoise. « Et là, pour une femme comme moi, en robe courtes et en talons, c’est vite devenu l’enfer ». De ses huit ans passés à Ménilmontant, elle en tirera un livre : « Définitifs paradis », aux éditions Le Serpent à plume. Punk. Hardcore. Violent. Elle y décrit le quotidien des quartiers mais assure en avoir gardé sous le pied. « C’est tellement dingue ce qui se passe dans ces lieux. C’est au gens qui y ont grandit de s’exprimer. Pas à moi. Quand j’ai sorti ce livre, les filles m’ont promis : « Nous un jour on écrira ce que tu n’a pas pu dire » Alors vous verrez, dans vingt ans, elles parleront. » Pour Gina, dans les banlieues, « c’est la gauche qui a péché, elle n’a pas su faire face à la multiculturalité, ni correctement éduqué les femmes des quartiers ».
Les femmes…Encore un vaste sujet. Un éminent combat. La légalisation de l’avortement, la reconnaissance du viol comme crime, elle était de celle qui donnait de la voix pour obtenir des droits. Mais elle quittait le MLF il y a bien longtemps, y contestant sa radicalité et son absence de parité. Et puis, « le mouvement alternatif était bien plus joyeux… »

AND I HOPE FOR A BETTER FUTURE.. Aujourd’hui, son féminisme s’affirme avec franchise et humour. Elle revendique l’épanouissement sexuel, le respect de sa fanchon et dénonce le jeunisme ambiant dont sont victimes, selon elle, les femmes, principalement. Mais cette rebelle dans les tripes et cette féministe dans l’âme se réjouit parfois des évolutions de notre société. « L’égalité homme-femme a grandi. L’émancipation de ces dernières s’est affirmée, petit à petit. Le rapport au féminin a changé. Certain tabous sont tombés. » Les regards, se font donc plus discrets. « Moi qui ai cinquante-neuf ans, célibataire, et sans enfant, aujourd’hui tout le monde s’en fout. Je peux vivre ma vie comme je l’entends ». Une évolution claire avec pour corollaire, une société de célibataires. Pas de quoi inquiéter Gina pour qui « le couple est une invention de la morale bourgeoise du début du XXème siècle ». A la vie à deux, elle préfère la tribu, le collectif ou bien le rôle de maîtresse». L’amour, elle le veut charnel, érotique, passionnel. « Avoir des enfants, une maison, un mari, autant monter une PME, avec des amis ».
L’amitié, elle y croit fort aussi. C’est pour cela qu’elle est descendue à Toulouse. Parce qu’elle savait qu’il y trouverait des gens qu’elle connaissait. Elle s’y installe en 2001. Et elle y trouve la vie douce. Après quelques manuscrits refusés, elle se remet à l’écriture plus courte, plus condensée. Celle que l’on chante. Puis celle que l’on déclame sur une scène. Elle est faite pour ça, Gina. Maintenant, elle s’y met sérieusement. Répare les dégâts. « J’avais tout : maison de disque, tourneur, musiciens, producteur. J’ai tout massacré. J’ai fait du mal au gens qui m’aimait. J’ai même agressé mon public. Aujourd’hui, après 10 ans de traversé du désert, je me suis excusée. » Pour repartir du bon pied. Plus de rancune du passé. Peut-être un seul regret. Lorsqu’elle fait état des lieux de notre pays, lorsqu’elle aperçoit Nicolas Sarkozy, sans nul doute, elle se dit : « Tout ça pour rien ». Car si elle est certaine d’une évolution intellectuelle et humaniste de notre société elle ne comprend pas la régression idéologique qui place à leur tête de tels hommes politiques : « Comme si l’humanité, avançant dans l’intelligence, percevait sa fragilité et venait s’accrocher a des valeurs plus archaïques ».
Mais elle n’y regardera plus à deux fois. Elle a fini la lutte active. Restent les questionnements. Elle le répète, encore une fois « Le militantisme, pour ma génération a été une thérapie pour ne pas voir son propre malheur. Mais quand tu vieillis, soit tu t’enfonces dans ta psychose soit tu en sort. » En est-elle sortie ?
A Toulouse, donc, elle fait du théâtre, et cherche des dates pour jouer. Des salles aussi. Car malgré tout, la dame ne peut garder langue dans sa poche. Elle a encore des trucs à dire. Même à la ville rose, elle lui fait ses reproches, et même si son public, est de grande qualité. « Il manque des petites salles, de 50 à 150 places, pour mettre en avant la création populaire, véritable vecteur de lien social et de solidarité. Il faudrait aussi constituer un véritable réseau de contre culture. Les majors squattent les moyens de diffusion. Plus personne ne prend de risque. Il n’y a pas de réseaux parallèles et la vie artistique toulousaine à tendance à fonctionner en clans. Alors qu’il faudrait faire avec nous, les nouveaux arrivants. » Ira-t-elle se battre, s’il le fallait, pour obtenir ces équipements ? « Moi j’ai donné » dit-elle, «moi et ceux de ma génération : aux jeunes de reprendre le flambeau. Peut-être d’une toute autre manière. Car on en a fait, nous des conneries, assurément ».

Elle voudrait décrocher. Mais elle est bel et bien accro. Pas possible de laisser tomber. Elle ne peut s’empêcher de l’ouvrir, de dénoncer, d’être en avance sur les prochains combats à mener. Elle aime jouer, rire et la ramener. Elle sait qu’elle ne fait pas l’unanimité. Elle prend pas mal de place. Et elle est bien comme ça, madame Gina.

> Gina, « Photoshop moi ? Non merci ! » du 17 au 28 septembre à 21h00 au Théâtre du Fil à Plomb, 30 rue de la Chaîne, 31000 Toulouse, theatrelefilaplomb.fr
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