Ils ont la technique, la tchache, l’enthousiasme la passion, et même le vocabulaire : rencontre avec Clément Condamines et Raimbault Fontanet, respectivement caviste et ceinture noire de bière artisanale. Ils sont aux commandes de la seconde édition du festival OctoBière qui se déroulera du 25 au 28 octobre dans de nombreux lieux de la Ville rose. Au programme : dégustation de bière artisanale, rencontre avec des brasseurs et fooding.

>  Quelle est l’origine du festival OctoBière lancé en 2016 ?

R.F. : A l’origine, je co-organisais des évènements qui s’appelaient « Food and the Gang », des soirées pop-up qui alliaient la musique, la bonne bouffe, le vin ou la bière en impliquant au maximum des acteurs locaux. Et puis j’ai commencé à trainer dans le milieu de la bière artisanale, et à travailler autour du projet Houblon de France et la relocalisation de la production du houblon. A force de côtoyer brasseurs, cavistes et à la suite de ma rencontre avec Clément, on s’est dit que Toulouse manquait d’un festival qui mette en visibilité la craft, et bière artisanale au sens large.

> Comment s’est passée la première édition ?

R.F. La première édition a provoqué une vraie émulation : partis de 16 brasseurs invités, nous nous sommes vite retrouvés à 40. Si on ne peut pas dire exactement combien de personnes ont participé puisque les lieux partenaires étaient totalement ouverts, on peut vous dire que tous les bars qui organisaient des dégustations étaient bondés et se sont retrouvés à sec ! Toutes les soirées au resto ont affiché complet. Les brasseurs présents lors des soirées dégustation ont aussi été très sollicités, on leur a posé beaucoup de questions.

C.C. : On a eu un public assez large : on a eu autant de « beergeeks » que de néophytes, j’ai même eu des familles qui sont venues d’assez loin. L’idée du festival, ce n’est pas d’organiser une beuverie mais de vrais rencontres et des dégustations.

> Donc le festival s’articule autour des rencontres et de la dégustation.

R.F. Chaque marque doit au moins être accompagné de sont représentant si ce n’est pas le brasseur lui-même. On n’encourage pas les gens à boire dans des pintes d’un litre mais dans de petits verres qui favorisent la dégustation de différentes bières. On est bien loin du modèle de la fête de la bière allemande : on est dans un format éducatif, ludique qui invite à la découverte et l’aventure. Pas dans l’objectif d’une cuite monumentale.

> Et que nous préparez-vous pour cette nouvelle édition ?

R.F. Cette année, on a créé une association pour soutenir le festival : Les amis de Poulpie. On a ajouté un jour de plus de festival, pour pouvoir délayer l’offre. De 40, nous passons maintenant à 54 brasseurs qui peuvent soutenir une soirée de dégustation ou faire des « tap take over ». Plus de restaurants, mais aussi des boutiques, des épiceries fines, se sont portés volontaires pour des journées et des soirées pairing, accords mets et bière. Il y a Bichette, Chai Vincent, Solides, Au Bon Servant… L’idée est que tous les partenaires soient libres de leur proposition et d’imaginer leurs évènements autour de la bière, sauf s’ils ont besoin d’un petit coup de pouce. Les seules contraintes : qu’ils soient officiellement partenaires et que la marque de bière valorisée est donc un représentant. C’est du participatif. L’an denier, tout le monde c’est impliqué. L’ambiance était géniale, on se fait des amis. Je suis certain que ce sera pareil cette année.

> Est-ce qu’on peut expliquer cet engouement des toulousains pour la bière ?

R.F. : L’effet de mode est certes récent. Mais dans la région on a quand même la chance d’avoir des vieilles brasseries comme la Bierataise, qui vient de fêter ses 21 ans, Garland, qui a 23 ans et Ratz qui brasse depuis 16 ans. Il y a toujours eu une présence locale de la bière artisanale et une consommation associée. Aujourd’hui, c’est vrai que de nombreuses brasseries sont arrivées : Joli Rouge, Brasserie de vignes, Iron, Caussenarde… C’est exponentiel. La loi Evin a fait baisser la consommation d‘alcool fort dans beaucoup de lieux. Depuis longtemps aussi, les grandes marques industrielles ont eux le monopole et aujourd’hui les gens découvrent une plus grande variété de choix, de goûts, de la recherche et de la complexité. Ça s’inscrit un peu dans la démarche fooding mais aussi dans l’identité locale.

C.C. : Il y a une histoire de la bière à Toulouse qui est assez intéressante. Même si on a un terroir propice au vin on a toujours eu un intérêt pour la bière. On a certes perdu cette culture pendant la deuxième guerre, lorsque dans le sud, nous avons dû payer un tribut à l’Allemagne. Ce tribut, on le payait en métaux. On a donc démonté les cuves. Après guerre, on n’a pas remonté les brasseries familiales. Aujourd’hui, on assiste à une vraie réappropriation du terroir et des savoir-faire. On est même l’une des régions où il y a le plus de brasseries. On reçoit beaucoup de demande de conseils de fabrication, de brassage, de matériel surtout via l’association toulousaine Le Forces du Malt.

> Et pour la suite ?

R.F. : L’association des amis de Poulpie va certainement préparer le festival l’année prochaine. Peut-être aussi des évènements durant l’année, nous allons voir cela. Mais la demande est là !

Toutes les infos : Facebook OctoBière